Canicules, notre chance ?

Les canicules vont devenir une nouvelle habitude des saisons à venir nous disent les climatologues. C’est la désespérance dans les jardins comme nous l’indique ce jardinier qui nous a partagé sa détresse. Que faire ? Est-il possible d’y déceler une chance ?…

« Je cultive un potager de 530 m² en plein centre ville. Je suis donc entouré de maisons mais leur ombre ne contrecarre pas l’ensoleillement qui demeure très fort : l’après midi il fait  plus de 50 degrés. La chaleur est tellement intense que les feuilles de choux et tomates sèchent par le soleil. Bien qu’ombrés même les radis noirs sèchent. Je ne peux plus aller au jardin car il est envahi par les moustiques qui me piquent. »

Ce jardinier semble désemparé. Pourtant, il tente déjà de réagir positivement : « J’essaie de pratiquer la couverture du sol et la culture sans travail du sol. Pour réduire l’ensoleillement, le vent et la chaleur, je recouvre les murs avec des plants de vignes, un cerisier, un figuier, des chayottes, des pois à rames et du lierre panaché. Je récupère l’eau de pluie dans deux citernes soit près de 4000 litres. J’arrose aux pieds des plants au goulot ou au tuyau, jamais en aspersion. »

Ce sont les canicules de cette année 2019 qui sont à l’origine de ce cri du cœur. Comment réagir et trouver une nouvelle relation avec notre paysage, celui qu’on peut créer ou modeler chez soi ?

Utiliser et optimiser les services que peuvent nous rendre les plantes, voilà la bonne voie de recherche comme l’a commencé ce jardinier. On appelle cela, miser gagnant sur les services écosystémiques des plantes. En clair, ça veut dire que toute plante naturelle vient dans un milieu en étant acceptée par ce milieu : elle bénéficie de ses apports et participe aussi par ce qu’elle peut lui apporter.

Il faut dire qu’on a plutôt fait tout faux depuis pas mal de temps et dans tous les domaines. Dans l’urbanisme, le paysage est plutôt la cinquième roue du carrosse et le béton ou le macadam modifient la pédologie et l’hydrologie, le micro climat en fait, aux dépens des plantes le plus souvent.

La solution se trouve dans la connaissance des plantes et de leurs aptitudes pour renverser ces situations de départ et leurs mauvaises tendances négligées lors de leur création.

L’arbre, une invention magique

On a construit en dur des maisons avec des amas de béton et de ferraille, construisons une nature en dur avec des arbres. La permaculture nous dit que c’est possible même sur des espaces réduits. Un arbre va mieux fouiller le sol que tout autre végétal non ligneux grâce à son système racinaire ; l’élévation de son port va projeter de l’eau en hauteur dans son feuillage et sa ramure créant un microcosme plus humide et plus rafraîchissant car moins exposé à la chaleur du soleil ; de l’ombrage sera aussi disponible pour d’autres plantes.

Sous les arbres et entre eux, il sera possible d’installer des arbustes, des arbrisseaux, des buissons qui compléteront l’œuvre. Pour savoir lesquels, il faut connaître ceux de sa région et apprécier si des « inconnus » pourraient s’y plaire. C’est l’objet de ce que la permaculture appelle le « design » : recréer un espace multi-étagé, comme dans la nature qui se déploie à tous les étages si on ne la contrarie pas.

On parle de strates, c’est-à-dire de couches superposées les unes aux autres et qui composent un espace réaménagé. Certains permaculteurs en ont inventorié une douzaine et tout projet permacole vise à créer un espace avec un maximum de strates sachant que chacune trouvera sa place en fonction des autres. Le but du jeu c’est la création d’une nouvelle harmonie paysagère, belle, productive et plaisante pour l’homme.

Notons que la tête de pont d’une telle transformation paysagère, c’est l’arbre. Arroser même conséquemment au pied des légumes a sans doute provoqué la prolifération des moustiques par le biais de résidus d’eau stagnants. Mieux vaudrait de pas avoir à trop arroser ce qui revient à dire que le milieu à recréer devrait être capable de mieux gérer l’eau sans obliger à une telle intensité d’arrosage. À moyen terme, il sera aussi possible d’implanter des plantes que les moustiques n’aiment pas trop comme, par exemple, le thym, la citronnelle, la lavande ou la menthe.

L’enjeu d’un réaménagement de son espace, c’est en fait de trouver les équilibres les plus performants, ceux qui mettent en place des régulations optimales sans interventions humaines astreignantes et répétitives. Il y a là tout un champ d’investigations, un véritable travail de naturaliste et de botaniste que les jardiniers du troisième millénaire devront devenir : des carrières passionnantes pour nos jeunes.

En attendant, chacun peut tenter d’initier cette voie chez lui car il n’est pas grave de se tromper lorsqu’on essaie de restaurer les forces vives de la nature… si on est capable de constater puis de rectifier aussitôt. La canicule nous force en quelque sorte à accélérer un champ d’études et de réalisations nouveau au plus proche des aptitudes des plantes : une chance peut-être pour nous racheter de toutes nos erreurs face à la nature ?

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Un commentaire pour Canicules, notre chance ?

  1. brfavenir dit :

    Reconstruire des pratiques plus respectueuses des services qu’assume gratuitement la nature est essentiel mais cela cela nécessite d’établir un lien plus direct avec les raisons profondes qui nous font agir : parmi elles, la plus commune est celle de pouvoir se nourrir pour être en bonne santé.

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